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dimanche 1 juillet 2012

Pour ou contre la mise à l'index d'Eric Zemmour sur RTL


Ceci est une lettre ouverte adressée - après moult hésitations - au Directeur des programmes de la première radio de France, j'ai nommé RTL. 

(Nota Bene : un post scriptum auquel j'accorde une certaine importance a été rajouté au texte originel.) 


I. La "première radio de France" 

Pourquoi j'ai mis des semaines à tergiverser, avant de me décider à écrire au grand patron de RTL ? Je m'en explique plus bas (dans les textes savants, on dit infra , par opposition à supra.).  

C'est marrant, mais je n'ai pas toujours été un auditeur assidu de RTL. Et à la réflexion, c'est une radio que j'écoute assez peu ; je veux dire par-là qu'il y a peut-être 90 % d'émissions que je n'écoute jamais. Même si, une fois devant mon ordinateur, j'ai souvent besoin d'un fond sonore décontractant, et là, Fip fait merveille. Mais bon, il y eut une longue période France Inter.  C'est sur France Inter que j'ai entendu pour la première fois des gens comme Bernard Lavilliers ou Dick Annegarn, mais aussi Colette Magny... Et je me souviens même de deux jeunes pianistes - ça ne va pas nous rajeunir ! -, deux soeurs, faisant leurs grands débuts médiatiques au Pop Club de José Artur : Labèque et Labèque.

Sur France Inter, précisément, Claude Sérillon présentait une émission intitulée Quoi de neuf à dix, au cours de laquelle Serge Richez racontait des faits marquants de l'histoire. Et je me souviens encore de son récit sur la préparation de l'attaque de Pearl Harbour par deux maîtres espions. J'avoue que j'en ai eu la chair de poule et j'y pense encore aujourd'hui, plus de vingt ans après.

Puis arrive Pierre Bouteiller à la tête de France Inter, qui ne va pas perdre du temps pour jouer au petit Staline refoulé. Donc exit Sérillon et quelques autres. Et là, je n'ai fait ni une ni deux : j'ai cessé d'écouter France Inter et cela va durer dix ans. Entre temps, l'infâme Bouteiller avait quitté la station. Je sais qu'il a atterri sur une radio de jazz, que je réécouterai le jour où il en disparaîtra. Il faut dire qu'il n'est plus tout jeune, cet enfoiré ! Mais je vois que je m'égare ! Il était question de RTL. En fait, j'ai commencé à écouter cette station et sa voisine Europe 1 après avoir fait des infidélités à France Inter, laquelle se trouve tout à l'autre bout de la bande FM. 

Ils ont un gros problème, sur RTL, c'est cette stupide propension à se (re)dorer le blason à tout propos. Et j'avoue qu'à chaque fois que j'entends un guignol (ex. Christophe Pacaut) ânonner le poncif : "Bienvenue sur la première radio de France !",  je prends ma télécommande et je zappe.

Vous imaginez Mac Donalds claironnant : "Bienvenue dans le premier restaurant de France !" ?, ou encore "Mac Donalds a plus de clients que Bocuse !" ? Oui, et alors ? Bien naïf le guignol qui croit m'attirer sur une radio en claironnant qu'elle serait la première... de la galaxie ?, comme si j'étais stupide au point de ne pas voir que le bas de gamme attire toujours plus de monde que le haut de gamme ! Ce qui fait qu'il y aura toujours plus de clients chez MacDo que chez Bocuse ou Trois-Gros !

Vous comprenez maintenant pourquoi je ne suis qu'un auditeur intermittent de cette "première radio de France"..., et pourquoi je déteste porter cet uniforme qu'est devenu le blue jeans, de même que je ne porte jamais de sac à dos "Eastpak", les sacs à dos les plus vendus et les plus moches du monde ?

Ce que j'apprécie néanmoins sur RTL ? Par exemple quelqu'un qui ne clame jamais "vous êtes sur la première radio de France" et qui passe très tard le soir : Georges Lang, dont je rate rarement les sagas. Mais c'est aussi lui qui m'a convaincu que la country était une musique tout à fait écoutable, moi qui trouvais cette musique un peu trop blanche, je veux dire musique pour petits Blancs des bleds américains, xénophobes et racistes. Cela dit, ce n'est pas aussi entraînant que la musique noire, mais ça s'écoute très bien ; en tout cas, je l'écoute volontiers, chez Georges Lang !

Ce qui serait quand même bien, ce serait que les patrons de chaînes de radio et de télévision, en France, cessent de se tirer cette bourre stupide qui me donne toujours l'impression qu'ils n'ont jamais entendu parler de l'ADSL ni de l'Internet ! Et il n'y a pas qu'eux ; il y a, surtout, tous ces..., comment dirais-je : journaleux ou bonimenteurs (Morandini !) qui vous vendent de l'audimat à longueur de journée, comme s'il n'y avait que dix stations de radio en France et six chaînes de télévision, alors même que le réseau mondial nous offre les chaînes de télévision par centaines et les stations de radio par milliers !

Après avoir fait installer l'ADSL chez moi,  j'ai passé une petite matinée à rechercher des stations de radio via Winamp, options jazz et classique. Ça m'a pris des heures à balayer l'incroyable palette des stations disponibles. Et puis, je tombe sur un trio à cordes. Magnifique. Brahms ? Schumann ? Visiblement pas. Mais alors qui ? Un élève, ou un contemporain ? Fin du trio. La voix suave de la présentatrice nous vient de Californie et annonce un trio à cordes d'un certain Arthur Foote (1853-1937), dont Wikipedia nous dit qu'il fut un ardent défenseur de la musique de Brahms (1833-1897), et étant donnée la filiation artistique de Brahms par rapport à Schumann (1810-1856), le reste coulait de source.  En tout cas, ce jour-là, j'ai fait la découverte d'un sacré paquet de chaînes de radio du monde entier, entendu un magnifique trio à cordes et découvert un (nouveau) compositeur absolument inconnu au bataillon.

C'est vous dire si leur petite compétition de Clochemerle, entre France Inter, Europe 1, RTL ou NRJ a quelque chose de dérisoire ! 

Tout ça pour vous dire que je ne me porte sur un programme de radio (ou de télévision) que parce que j'y trouve de l'intérêt. Dans le cas contraire, je zappe !


II. Des trafiquants noirs et arabes

Pour en revenir à RTL, il se trouve que hormis Georges Lang, il y a deux choses que je rate rarement : les éditoriaux de sept heures et quart d'Eric Zemmour et ceux de Rockaya Diallo du dimanche matin (8h20). July et Duhamel ? Mouais ! Si seulement ils n'étaient pas aussi obnubilés (surtout Duhamel) par les sondages !

Sondage Ifop pour Paris-Match. Alain Duhamel dixit : "C'est un tournant, et même un triple tournant... Ce sondage va forcément avoir des conséquences.". (RTL, 13.03.2012, 7h45).

Ce serait quand même très drôle de reprendre tous les commentaires livrés par Alain Duhamel sur les sondages concernant les présidentiables socialistes jusqu'à certaine affaire survenue dans un Sofitel new-yorkais ! Il n'y en avait que pour Strauss-Kahn... Non mais, qu'est-ce que je me marre ! Moi, je n'ai jamais cru en DSK, et je peux le prouver. Voyez le papier que j'ai consacré à ce pauvre larbin et porte-flingue "strauss-kahnien" de Moscovici (juillet 2010).

J'observe qu'en 2012, l'illustre Alain Duhamel s'est bien gardé de produire un remake des Prétendants..., ce portrait de groupe des présidentiables de l'élection de 2007, dont était absente... Ségolène Royal. Sacré Alain Duhamel ! 

Donc, j'écoute Alain Duhamel et Serge July régulièrement, mais pas systématiquement, parce qu'on sent bien que toute leur argumentation se fonde sur les sondages du moment ; et moi, je n'accorde aucun intérêt aux sondages. Il y a aussi le sémillant Jean-Michel Aphatie, mais là, ça dépend souvent de son invité du jour. Aphatie a juste un problème de tics ou de tocs (?), à savoir cette propension à prononcer le nom de son invité toutes les trente secondes. Et là, je vous avoue que ça me tue !

J'étais parti pour parler de Rockaya Diallo et de Eric Zemmour. Je ne dirai rien de la première, qui pourrait le prendre très mal, et je connais la susceptibilité des "grognasses du féminisme militant" (n. b.: il paraît que désormais, si un homme normalement constitué  - nous autres Africains préférons mille fois la compagnie des  femmes à toute autre forme de partenariat sexuel ; donc, les hommes qui n'aiment pas les femmes, en Afrique, ça n'existe pas ! - s'ingénie à reluquer une jolie fille un peu trop intensément, elle lui colle un procès pour harcèlement..., enfin, c'était le cas jusqu'à une récente décision du Conseil Constitutionnel.). Je ne parlerai donc, que de Zemmour, qui m'a valu une confrontation à distance avec l'illustre Mathieu Aron, l'indéboulonnable - jusqu'à récemment - chroniqueur judiciaire de France Info. J'avoue avoir vu rouge, écarlate, cramoisi..., le jour où Aron s'est fendu d'un papier plus que laudatif pour ce polémiste brillant. Petit rappel de la prose de Mathieu Aron sur France Info, en marge du procès en première instance de Eric Zemmour, à propos de sa légitimation des contrôles au faciès en raison de la sur-représentation des noirs et des arabes parmi les trafiquants de drogue.
"Il (Zemmour) assume la totalité de ses propos. (...) Orateur brillant, polémiste redoutable, au fil des débats, Eric Zemmour assoit son autorité sur l'audience. Ses contradicteurs font pâle figure ; ils osent à peine lui poser quelques questions. (...) Alors, de plus en plus incisif, le prévenu attaque. Il attaque le catéchisme bien pensant des antiracistes, dénonce une inquisition moyen-âgeuse. On se glorifie d'une France black- blanc-beur quand l'équipe de France remporte une coupe du monde, mais on n'aurait pas le droit de faire des statistiques ethniques. (...)  Je dis ce que je vois ; je rends compte de la réalité et aujourd'hui, c'est la réalité qu'on veut criminaliser. (...) Et puis, cruel, il rapporte une tentative de médiation de la Licra : "son président était prêt de retirer sa plainte si je débattais avec lui à la télévision ; il voulait bien profiter de ma notoriété.""
Fin du papier de Matthieu Aron : "Curieuse audience où le prévenu se mue en accusateur et transforme son procès en redoutable tribune."  (source)

Pour son malheur, Aron a vu ses pronostics démentis par les  juges, et là, j'avoue que lui et d'autres (dont le célébrissime ex-avocat général Philippe Bilger tout de même !) ont manqué de sagacité. 

Pour en revenir à ma propre argumentation, en tant qu'habitant de longue date de la banlieue et de ces cités dites sensibles par les médias (ex. dix années passées à Villiers-le-Bel, où je n'ai jamais vu le moindre car de CRS, mais c'était entre 1987 et 1997 !), je puis affirmer que maints trafics commis dans ces cités sont le fait de gens basanés ou noirs ; mais ça, c'est une opinion personnelle que beaucoup d'habitants de ces cités partagent. En revanche, affirmer, comme Zemmour l'a fait, que des contrôles au faciès sont effectués (par la police) sur la base du nombre élevé de trafiquants de drogue (donc condamnés par la Justice) noirs et arabes engageait tant la Police que la Justice, ce qui appelait une condamnation, dès lors que les statistiques officielles ne mentionnent pas l'origine ethnique des délinquants.

Vous allez certainement déduire de ce qui précède que je suis particulièrement allergique à la prose et aux idées "nauséabondes" de Zemmour ? Ben pas du tout ! Le fait est que Zemmour est l'éditorialiste de radio que j'écoute le plus régulièrement, voire systématiquement tous les matins, parce que je le trouve bien plus nuancé (si, si !) et plus subtil que la quasi-totalité de ses confrères. Et puis, j'aime bien la chute de ses papiers ; et là, j'avoue que je me fends souvent la poire, ce qui est loin d'être le cas des interventions plus que faiblardes de bonimenteurs de foire parmi lesquels Bernard Guetta, sur France Inter, mériterait largement la médaille d'or, avec ses papiers bricolés, méconnaissant le droit international (normal, la rubrique s'intitule "Géopolitique" !), ce qui explique qu'il envisage, le plus benoîtement du monde, que les frontières d'un État souverain puissent être violées par qui veut, comme au bon vieux temps des guerres de l'opium ou du Congrès de Berlin ! Ce qui me fait penser que ce pauvre Guetta devrait mettre à profit ses longues vacances estivales pour potasser quelques traités de droit international (niveau première année de Fac de droit !). Les papiers de ce type sont si souvent débiles que j'en suis arrivé à dénicher de la subtilité, par contraste, dans les analyses de l'autre dinosaure du boniment approximatif qu'est Alexandre Adler sur Europe 1. Un comble ! 

Et que dire de Mesdames Lemaresquier et Crova, sur France Info et de la plupart de leurs confrères et consoeurs sur France Inter, Culture, Musique, RFI ? Qu'ils et elles ont une ligne téléphonique directe avec les salafistes et autres djihadistes qui ont entrepris de vider la Syrie de tous ses chrétiens ? C'est simple : une bombe éclate à Alep, tuant des dizaines de personnes, et la bonimenteuse de France Info, planquée dans un bureau de Beyrouth, ne trouve rien de mieux à faire que d'insinuer que "selon l'opposition, c'est le pouvoir de Bachar al-Assad qui serait derrière cet attentat", (Valérie Crova, porte-parole officieuse de l'opposition syrienne, sur France Info, 07.01.2012, 9h05) lequel attentat est revendiqué plus tard par une officine djihadiste connue, sans que le moindre erratum n'intervienne chez les désinformateurs/trices de France Info-Intox !

Admirez simplement cette immonde tentative d'intoxication de l'opinion par Mireille Lemaresquier - et d'autres - sur France Info à partir d'un rapport onusien sur 52 cas présumés de violation des droits des enfants, la Syrie étant un de ces 52 cas :

"Le rapport publié par l'ONU est accablant pour le gouvernement syrien... Il pointe (...) surtout l'utilisation d'enfants comme boucliers humains." (Mireille Lemaresquier, France Info, 12.06.2012, 23h37).  
Et là on se demande si cette femme est conne ou juste stupide ! Pour mémoire, le rapport en question n'était nullement centré sur la Syrie. Mais bon, les bonimenteurs/euses ne doivent pas être à ce genre de détail près !

Parce qu'à supposer que les faits soient avérés - rappelons toujours aux bonimenteurs de foire qui officient en qualité de journalistes sur nos médias  qu'une procédure judiciaire est toujours contradictoire et donne lieu à moult expertises et fournitures de pièces à conviction irréfutables, ce qui n'est pas le cas des enquêtes biaisées de l'ONU et autres officines fumeuses du type Human Rights Watch, ou Amnesy International (il n'y a aucune faute d'orthographe !) qui ne se basent que sur de contestables témoignages venant toujours d'un même côté... -, pour que les soldats du régime syrien en viennent à s'abriter derrière des enfants, c'est que quelqu'un leur tire dessus, ce qui ne colle visiblement pas avec les boniments quotidiens de Madame Crova, depuis sa planque libanaise, qui ne parle que d'une opposition syrienne supposée pacifique, en butte à la répression d'un régime sanguinaire.



III. Radio Paris ment... 

Et c'est là qu'une chronique comme celle livrée par Eric Zemmour sur RTL, ce 29 juin 2012, prend toute sa saveur, lorsque rapprochée de la prose de nombre de ses confrères et consoeurs.

Vincent Parisot

(…) Alors, l’avenir de la Syrie va peut-être se jouer à Genève demain, avec cette réunion sous l’égide de l’ONU, avec les chefs des diplomaties russe et américaine. Cela dit, il ne faut pas trop en attendre ; la Russie et les Etats-Unis sont actuellement dans une impasse diplomatique, et ce qui alimente les tensions c’est la question des armes.

Eric Zemmour

Des caisses emplies d’armes ; des armes anti-chars pour le rebelles, des armes anti-rebelles pour l’armée d’Assad, des armes américaines pour les rebelles, des armes russes pour Assad, payées par l’Arabie saoudite et le Qatar aux Américains, payées par l’Iran aux Russes. Pour la première fois, cette semaine, le président syrien a reconnu que son pays était en état de guerre totale ; pour la première fois, le gouvernement français par la voix de Laurent Fabius a reconnu que des armes passent… c’est la montée aux extrêmes décrite il y a deux siècles par le grand théoricien de la guerre, Clausevitz.
Une guerre ou plutôt, des guerres imbriquées les unes dans les autres. Une guerre civile d’abord : la révolte pour la liberté des premiers temps a fait place à l’affrontement entre la majorité sunnite et les minorités : alaouite – d’où sort Assad – et chrétienne. Les sunnites sont dominés par les islamistes qui veulent imposer la charia. Les chrétiens sont persuadés qu’ils paieront de leur sang la chute du clan Assad. Cet affrontement entraîne exactions, massacres, désormais des deux côtés. Les sunnites sont soutenus par les grandes puissances sunnites, Arabie Saoudite, Qatar, Egypte, la Turquie islamiste les a rejointes ; les armes américaines passent d’ailleurs par la Turquie. Les alaouites du clan Assad sont des chi’ites, comme les Iraniens, qui les aident. Au 19e siècle, les puissances occidentales, la France en tête auraient soutenu les minorités chrétiennes, mais ce n’est plus le cas. Il est clair désormais qu’après l’Egypte, la Tunisie, Obama joue l’alliance avec les islamistes ; les agents de la CIA essaient seulement d’éviter sur place que les armes distribuées n’aillent dans l’escarcelle d’Al Qaeda, mais on peut douter de leur efficacité, quand on voit ce qui s’est passé en Libye.
V.P.
Vous voulez dire finalement que la chute de Bachar el-Assad dans cette affaire n’est plus qu’un détail ?

E.Z.
Cette guerre fait tache d’huile régionale, au Liban d’abord, où les réfugiés syriens des deux camps s’affrontent, en Jordanie, où les autorités craignent des attentats fomentés par les services secrets syriens, en Turquie peut-être demain ; Assad a promis d’aider les Kurdes ; la grande explication finale entre sunnites et chi’ites, entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite d’un côté et l’Iran de l’autre est en effet en gestation.

On a connu un peu la même chose au Vietnam dans les années 60 ; alors la guerre s’était répandue au Cambodge, au Laos ; elle opposait l’Amérique aux communistes soutenus par Moscou. Et les russes ne sont plus communistes mais soutiennent la Syrie. C’est le troisième étage de la guerre. Les Russes, eux, sont les derniers à se soucier de la protection des chrétiens de la région, d’où l’ambiance polaire de guerre froide lors du dernier G20 entre Obama et Poutine alors que l’Américain pressait le Russe d’interrompre ses livraisons d’armes. Les Français, comme tous les Occidentaux, font la voiture balai des Américains, au nom des droits de l’Homme. Pendant la guerre du Vietnam, le Général de Gaulle était sorti de l’Otan pour ne pas suivre l’Amérique dans une guerre qui n’était pas la sienne. Depuis lors la France est revenue dans l’Otan comme si la défense des droits de l’Homme était le paravent commode pour dissimuler l’abandon de toute politique indépendante. Un cache-sexe.

V.P.

On appelle ça l’Orient compliqué et c’est signé…

E.Z.

Avec des idées simples !

Pourquoi ne pas le dire ? On n'est pas obligé d'être d'accord sur tout, mais ce "papier" de Zemmour surclasse largement en exactitude et honnêteté intellectuelle tout ce qu'on peut entendre sur les ondes actuellement, autour de la sempiternelle "répression de l'opposition par les forces du dictateur Assad". Dictateur auquel, je le rappelle, on est quand même allé jusqu'à reprocher l'organisation d'attentats à la bombe contre ses propres troupes !

Le papier de Zemmour est évidemment à rapprocher du discours orienté, tendancieux et vindicatif d'un Bernard Guetta, sur France Inter, où il n'y en a (eu) que pour l'urgence à mettre fin à ce régime de massacreurs d'Assad en Syrie. Franchement, la prose de Guetta pourrait faire l'objet d'une thèse de doctorat assez substantielle, s'agissant de cette désinformation qui ne dit pas son nom. Ci-dessous, deux extraits d'un discours qu'on croirait équilibré, mais qui ne l'est pas du tout.


France Inter 05.06.12

(...) 

Pour Henry Kissinger, c’est « non », surtout pas. Alors que partout le débat monte sur les avantages, les inconvénients et l’impératif moral qu’il y aurait à aller soutenir militairement les insurgés syriens, alors qu’une majorité de Français, notamment, s’y dit désormais favorable, l’ancien secrétaire d’Etat de Richard Nixon vient d’expliquer pourquoi ce serait aventureux à ses yeux.

Il y a deux conditions nécessaires, écrit-il dans le Washington Post, à toute intervention militaire. La première est qu’il y ait consensus sur l’ordre à instaurer après le renversement de l’ordre existant car, si l’objectif n’est que de mettre à bas un régime, une nouvelle guerre civile peut en résulter avec une compétition pour la succession dans laquelle des pays étrangers se rangeraient aux côtés de camps différents. La seconde condition à toute intervention, poursuit-il, est qu’elle doit pouvoir être menée à bien dans des délais acceptables par les citoyens des pays intervenants et aucune de ces deux conditions, conclue le pape de la diplomatie américaine, n’est en l’occurrence remplie.

Deux conditions à toute intervention militaire... Pauvre Bernard Guetta, qui ne sait pas que le droit international repose, précisément, sur l'inviolabilité des frontières des États et sur le sacro-saint principe de leur souveraineté. Par ailleurs, notre chroniqueur n'a - toujours - pas lu la charte des Nations Unies, laquelle ne prévoit nulle part d'ingérence de l'ONU dans les affaires intérieures - car, pour le coup, on n'est pas dans le domaine du droit INTERNATIONAL - d'un État, contrairement à ce qu'on a pu observer en Côte d'Ivoire et en Libye. Quant à Kissinger, ce pauvre et misérable criminel de guerre au Vietnam, comme référence en matière de droit international , on peut trouver mieux !


France Inter 26.06.12    

(...)
Cela s’appelle une internationalisation, provoquée tout à la fois par la solidarité de l’Iran avec son seul allié régional, la volonté de la Russie ne rester dans le jeu proche-oriental et de ne pas laisser des mouvements populaires faire tomber une nouvelle dictature, le désir des Occidentaux de ne pas rien faire pour aider le peuple syrien et l’affrontement toujours plus vif que ce conflit provoque entre les deux religions, chiite et sunnite, de l’islam.

C’est un changement de taille et, parallèlement, ce n’est plus seulement à des manifestations pacifiques que le régime syrien doit faire face. Il est également confronté à une armée syrienne de libération, formée de déserteurs et désormais à même de conduire de véritables opérations militaires. Insensiblement, le territoire syrien se morcelle car le pouvoir ne peut plus en contrôler toutes les régions en même temps. C’est une libanisation aux deux sens du terme : fractionnement territorial et ingérences étrangères.

Le moins qu'on puisse dire est qu'il a fallu attendre longtemps pour voir notre bonimenteur de France Inter admettre que la Syrie faisait face à une insurrection armée et soutenue par l'Occident et quelques monarchies arabes créées par l'Occident (cf. le Koweit voire l'Arabie Saoudite), sans jamais se départir de son obsession pour le biaisement de l'information : l'internationalisation du conflit en Syrie n'est ainsi pas le fait de l'ingérence de puissances étrangères aux côtés d'une pseudo opposition intérieure, mais, dans un premier temps, découle de la solidarité avec l'Iran, comme si un pays souverain n'avait pas le droit de disposer d'alliés. Et voilà que notre bonimenteur matinal sur France Inter tente de faire passer le pilotage de la révolte syrienne par des forces étrangères pour un événement second, dès lors que les Occidentaux ne seraient là que pour des raisons humanitaires. Cette rhétorique infecte a déjà servi en Libye, où elle a fait long feu, mais bon, Guetta doit penser qu'à huit heures du matin et des poussières, France Inter - alias Radio Paris - n'est écouté que par des cons !


IV. La grognasse

Résumons : s'il m'est arrivé de prendre violemment position contre telle intervention publique d'Eric Zemmour à propos de contrôles policiers au faciès sur des Noirs et des Arabes, cela ne m'empêche nullement d'apprécier la subtilité et l'intelligence de nombre de ses autres éditoriaux matinaux sur RTL, comme récemment sur la Syrie.

Et voilà que j'apprends que notre polémiste brillant, pour reprendre la phraséologie de Mathieu Aron, est menacé de disgrâce comme éditorialiste sur RTL. Et ma première réaction est de penser : "Pas d'accord !". Et voilà que je propose de me fendre d'un courrier vengeur à l'endroit du directeur des programmes de RTL, lorsqu'un soir, je tombe sur la "langue de vipère" du jour, qui n'est autre qu'Elisabeth Lévy, laquelle nous délivre un de ces dithyrambes dont elle a le secret, pourfendant la bienpensance de ceux qui entendaient vouer Zemmour aux gémonies, après un éditorial  consacré à la nouvelle ministre de la Justice, Christiane Taubira. Et là, mon deuxième réflexe a été de penser : "Ah non, pitié, pas elle !". Non mais, franchement, vous me voyez cosigner une pétition favorable à Eric Zemmour aux côtés de cette grognasse tellement imbue d'elle-même et fière de son idéologie non seulement droitière - mais bon, après tout, il y a de la place pour toutes les idées - mais d'une ringardise parfaitement assumée ?

Et s'il n'y avait que la ringardise ! Dans une de ses interventions sur RTL, Lévy s'en prend à Najat Vallaut-Belkacem et au projet de cette dernière de mettre fin à la prostitution, ce qui nous vaut cette affirmation péremptoire de notre philosophe de café du commerce : "Si elle avait étudié l'histoire, elle (Vallaut-Belkacem) saurait qu'il n'y a jamais eu de société sans prostitution." (RTL, 26.06.2012).

Manque de chance pour Madame Lévy, c'est elle qui n'a pas suffisamment potassé les manuels d'histoire ni, surtout, les traités d'ethnologie et d'anthropologie. Sinon, elle saurait que la prostitution apparaît dans des sociétés qui connaissent la pénurie (de femmes), ce qui est loin d'être le cas des sociétés à taille humaine (par opposition aux sociétés concentrationnaires qui se croient évoluées), qu'on qualifie souvent de claniques ou tribales, où, précisément, toute l'organisation sociale est élaborée à partir de la juste répartition des partenaires sexuels. 

Pour prendre un exemple parlant en la matière : vous avez déjà vu au moins une fois un reportage sur telle communauté villageoise africaine, dominée par un patriarche disposant de quinze épouses et d'une centaine d'enfants. Ça impressionne toujours. Le fait est qu'un simple test génétique révélerait que l'immense majorité des enfants ne sont pas du vieillard. Précisément, parce qu'en raison de son grand âge, la probabilité qu'il soit encore très actif sexuellement est faible. L'origine des enfants ? C'est très simple : des jeunes gens de la communauté. Ça s'appelle un gentlemen agreement.

Il faut savoir que, dans l'Afrique traditionnelle, les guerres claniques ou villageoises, faussement qualifiées de tribales, étaient fréquentes. Et pour y faire face, il fallait disposer de jeunes gens aguerris - voyez le dernier numéro de Rendez-vous en terre inconnue (Frédéric Lopez, France 2) avec Zabou Breitman, quelque part en Éthiopie (où les conflits claniques sont nombreux, en raison de contentieux séculaires entre agriculteurs et pasteurs nomades...). Quand on passe son temps à se faire la guerre, il faut avoir des guerriers pour défendre la communauté. Or le risque est grand, pour les notables, dès lors qu'ils monopolisent toutes les femmes, de voir les jeunes gens se révolter contre les anciens et prendre le pouvoir, voire de passer avec armes et bagages à l'ennemi. Du coup, pour amadouer ces jeunes, les notables les laissent accéder - discrètement - aux femmes. C'est du gagnant-gagnant, comme dirait Ségolène Royal : le notable peut toujours afficher sa nombreuse progéniture, signe de sa (présumée) virilité ; les femmes, souvent encore jeunes, peuvent se donner du bon temps dans les bras de garçons de leur âge, tout en bénéficiant des largesses matérielles d'un notable riche et respecté. Quant aux jeunes gens, ils ne sont pas du tout frustrés sexuellement et bénéficient, eux aussi, de la bienveillance de leur "sponsor". Sans ce système, les vieux notables pourraient toujours monopoliser toutes les femmes, mais s'ils venaient à être abandonnés par les forces vives du village, leur espérance de vie face à leurs nombreux ennemis serait des plus limitées. Dans ces conditions, comment voulez-vous que se développe une quelconque prostitution ?

Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, Elisabeth Lévy n'a fait qu'afficher cette forme d'aplomb propre aux cuistres, qui doivent toujours penser qu'un mensonge martelé avec autorité fera toujours mouche, dès lors que rares sont ceux qui iront vérifier l'information à la (bonne) source.

Le fait est que j'ai toujours pensé qu'Elisabeth Lévy était moins de droite qu'opportuniste. Il se trouve que cette femme est le genre de personnage qui me fait changer de chaîne à chaque fois qu'elle intervient sur un médium, radio ou télévision. Ça s'appelle une allergie contre de simples phénomènes de mode. Je me souviens encore de cette campagne de publicité pour le lancement d'un journal - droitier - défunt depuis : le Quotidien de Paris. Cette campagne commençait par ce slogan : "Aujourd'hui, son courage est devenu nécessaire", ou quelque chose comme ça. La mode, à l'époque, consistait à alarmer les Français sur l'imminence d'une invasion de la France par les Bolcheviques. J'exagère à peine. La Gauche venait d'accéder au pouvoir avec François Mitterrand à la présidence de la République. Pour une certaine presse de droite, il était, donc, bien commode de jouer les résistants de pacotille stigmatisant cette horrible collusion entre socialistes et - rendez-vous compte ! - des communistes, des suppôts de Moscou !

À entendre Elisabeth Lévy, à chaque fois que je m'inflige la torture d'écouter ses interventions, j'ai l'impression qu'une certaine droite outrancière essaie de nous refaire le coup des Bolcheviques avec leur couteau entre les dents. Mais à la place des horribles communistes, ils ont habilement substitué d'autres monstres menaçant nos libertés : les islamistes. Ah, ceux-là, s'ils n'avaient pas existé, il aurait fallu les inventer ! Voilà ce qui m'a fait longuement hésiter, lorsqu'il s'est agi de prendre position pour ou contre la présumée disgrâce de Zemmour dans son activité sur RTL. 

Mais ne voilà-t-il pas que, récemment, sur RTL, sur le coup des 18h55 (vendredi 29 juin 2012), je tombe sur la rubrique "Langue de vipère", qui semble réservée à Elisabeth Lévy et à toute une escouade d'intervenants officiant au Figaro. Les auditeurs de RTL seraient-ils si massivement marqués à droite ? Et que dit-elle, la grognasse de l'émission "On refait le monde" sur RTL ? Qu'elle est opposée à la future loi sur la légalisation de l'homosexualité. 

Ciel, qui l'eût cru ? Il se trouve que je partage complètement ce point de vue, dans la mesure où j'estime que le concept d'égalité entre hétérosexuels et "homosexuels" (trouvez-moi une seule espèce de vertébrés qui pratique une sexualité "homologue" !) est une immense cuistrerie. Pour preuve : pourquoi diable les homos réclament-ils un droit à l'adoption d'enfants, sinon pour vérifier cette vérité incontournable que ces enfants ont été procréés par des couples hétéros, ce qui tord définitivement le cou au pseudo principe d'égalité dont on nous rebat les oreilles depuis bien longtemps : pour faire des enfants et enrichir l'espèce, un couple d'hétéros sera toujours plus indiqué qu'une paire d'homos. C'est comme ça !

Ben oui, j'ai découvert, l'autre jour, que je pouvais être à 100 % d'accord avec Elisabeth Lévy, et je n'ai aucune honte à le reconnaître ici. Je sais bien que l'on nous ressort souvent cette maxime de Voltaire : "je ne partage pas vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer...", formule que je trouve bien plate, venant du grand Voltaire. Entre nous, ça veut dire quoi : "vos idées". Comment peut-il être imaginable que l'on ne soit d'accord avec aucune des idées de quelqu'un, quand on voit les myriades d'idées que tout un chacun peut exprimer ? Si jamais Elisabeth Lévy déclarait aimer le miel d'acacias, devrais-je, par principe, me déclarer horrifié par le goût dudit miel sous le simple prétexte que je ne partage aucune de ses idées ? Dis donc, Voltaire !

Et c'est précisément cela qui a mis fin à la longue hésitation que j'affichais jusque-là, dans la défense du droit à la parole de Zemmour : dès lors que je réalise que tel propos de Mme Lévy correspond parfaitement à ma propre vision des choses, pourquoi diable devrais-je, de façon rigide et imbécile, m'arc-bouter sur des a priori ?

Voilà comment je me suis enfin décidé à reprendre le brouillon de courrier à la direction de RTL que j'avais entamé quelques semaines plus tôt, et c'est bien parce que je ne suis pas suspect de complaisance envers Eric Zemmour que je ne doute pas une seconde de ma capacité à convaincre la direction de notre "première radio de France" que les propos de l'éditorialiste sur Christiane Taubira ne justifient nullement la disgrâce annoncée ici ou là, via le téléphone... arabe !

Il se trouve que cette fameuse chronique, je l'ai écoutée en direct, et que durant les trois minutes et des poussières du discours de Zemmour, je n'ai pas cessé de penser : "mais qu'est-ce qu'il raconte ?", me fendant même la poire à certains passages. Bref, sur le moment, je n'ai pas sauté d'indignation au plafond, mais quand même ! Disons que c'était limite...



V. Taubirabashing

Le corps du délit, ce serait cette chronique de Zemmour du 23 mai 2012 et intitulée Comme un petit parfum de mai 1981 sur la place Vendôme.

Transcription
Vincent Parisot

Alors, moins d’une semaine après la nomination du gouvernement, on a l’impression qu’il y a dans l’air un début de Taubirabashing, pour reprendre cette expression américaine, autrement dit une concentration des attaques et des critiques contre la ministre de la Justice, mais Eric,  vous estimez que c’est elle, en fait, qui a tendu le bâton en apparaissant trop manichéenne.

Eric Zemmour

Il faut combler le vide juridique. Il faut réprimer, il faut sanctionner ce délit grave, il faut défendre les victimes. Dès son arrivée Place Vendôme, Christiane Taubira s’est montrée impitoyable, avec des accents presque sarkozystes, elle s’est émue de la souffrance des victimes et a promis de pourchasser leurs bourreaux, d’être dure avec le crime et les criminels.  Le crime, c’est le harcèlement sexuel et les criminels ce sont les hommes. La harceleuse sexuelle est une espèce encore rare et les plaintes d’hommes plus encore. Mais interdit de rire, trêve de gaudriole, de gauloiserie, de blague salace lourde, de main baladeuse, ce crime doit retrouver le chemin du code pénal d’où le Conseil Constitutionnel l’a sorti inconsidérément et les harceleurs le chemin de la prison.

V. P.

Écoutez..., jusque là, je ne vois pas où est le problème !

E. Z.

Mais Christiane Taubira sait aussi redevenir douce et compatissante, compréhensive, une maman pour ses enfants.  Ces pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois. Ils sont encore des adolescents mais certains sont des chefs de gangs redoutés, d’autres sont encore apprentis mais ils apprennent vite. Le trafic de drogue rapporte énormément et cela donne envie de progresser. Ils sont souvent les véritables patrons de leur quartier, faisant régner la terreur mais jouant aussi les banquiers généreux de nombreuses familles. Les offices HLM et les grandes surfaces y sont massivement payés en argent liquide. C’est peut-être en raison de ce rôle social que notre ministre de la justice de gauche est pleine de sollicitude pour eux. Elle se précipite dans une prison pour assister à un match de basket entre prisonniers et surveillants, un basketteur en profite d’ailleurs pour s’évader. Elle supprime le tribunal correctionnel pour adolescents récidivistes créé par le précédent gouvernement, les juges pour enfants vont retrouver leurs ouailles. Elle annonce aussi son intention d’abolir les peines plancher pour  ces mêmes multirécidivistes qui contraignaient, au nom d’une lourde réalité pénale certains de ces juges à sortir de la culture de l’excuse. Mais la réalité, Christiane Taubira n’en a cure. Elle applique un dogme. Ses évangiles sont la fameuse ordonnance de 1945 sur la délinquance juvénile qui privilégie l’éducation. Pour Taubira, comme pour son mentor Pierre Joxe, ancien ministre de Mitterrand, avocat sur le tard, ces pauvres enfants sont victimes d’une société qui les rejette par xénophobie et racisme. En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes et les jeunes de banlieue sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais. Après tout les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981 et dans les banlieues, Hollande a réalisé des scores de dictateur africain. Mais en quelques jours, la ministre de la Justice a pris de vitesse son collègue de l’Intérieur, le premier ministre et le président de la République lui-même ; elle a donné une couleur angélique aux débuts de la gauche, qui la ramène là où elle ne voulait pas forcément revenir.


Ce serait donc là l'origine des derniers ennuis professionnels de Zemmour, qui lui auraient valu une disgrâce annoncée par le Landerneau médiatique, suscitant l'ire d'Elisabeth Lévy, collègue de Zemmour sur la même station de radio.

Disons les choses simplement : on a là un "papier" hautement discutable, voire contestable, et c'est précisément cela qui le rend intéressant. Ce que ça m'inspire ? C'est que Zemmour a dû écrire son papier un peu vite, ce qui nous vaut pas mal d'approximations, mais peut-être pèse-t-il parfaitement ses mots, dès lors que nous étions dans un entre deux élections, avec des législatives importantes à venir. J'examinerai la question sous trois aspects tenant aux circonstances du moment, à la forme du discours du chroniqueur, puis au fond même de la question tenant au statut d'un chroniqueur (de radio) comme Eric Zemmour. In fine, je me demanderai ce que je ferais, si j'étais le grand patron de la radio RTL, face au cas Eric Zemmour.


A. Question de circonstances : deux choses : les élections législatives et une décision du Conseil Constitutionnel.

1. Le Taubirabashing évoqué par Vincent Parizot est venu essentiellement de Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, qui a déclaré publiquement aux électeurs - je cite en substance - qu'en votant à gauche, ils risquaient d'avoir... Taubira ! Et j'avoue que, sur le moment, et même longtemps après, j'ai trouvé le propos assez nauséabond. Mais bon, comme on dit dans ces cas-là, c'est de bonne guerre de tenter d'affaiblir le camp d'en face par tous les moyens, voire par le biais de l'outrance verbale. Dans ces conditions, pourquoi s'étonner que Zemmour, qui ne doit pas être de gauche, tente de prêter main forte à son camp en participant à l'entreprise de démolition du camp d'en face dans la perspective des législatives. Et puis, il y a urgence : la présidentielle a quand même été perdue, et il y a ces sondages qui annoncent une vague rose.

Leitmotiv de la droite : identifier un maillon faible à gauche et tirer à vue. Et là, la droite a cru devoir identifier en Christiane Taubira un maillon faible idéal. Et si l'on admet que Zemmour est un éditorialiste libre de ses opinions - de droite -, on se dit : why not ? Pourquoi lui contester le droit à une certaine enflure, voire outrance verbale ? Conformément à la formule : "C'est de bonne guerre !".


2. Le Conseil Constitutionnel et l'affaire du harcèlement sexuel. Ça, ce n'était pas prévu au programme, qu'une QPC (question préalable de constitutionnalité) allait amener le Conseil Constitutionnel à faire table rase de toute la législation en cours sur le harcèlement sexuel. Signalons en passant à Eric Zemmour que les membres dudit Conseil ont été majoritairement nommés par la Droite, me semble-t-il. Parce que, dans son papier, il a un peu tendance à tout mélanger. Le fait est qu'une vague d'indignation est montée de tous les milieux, notamment féministes, après cette décision du Conseil Constitutionnel, ce qui a mis le nouveau gouvernement - et bien plus du côté de Najat Vallaut-Belkacem, d'ailleurs, que de celui de Christiane Taubira - sur la nécessité d'une nouvelle loi sur le harcèlement. 


B. Question de forme

Eric Zemmour est un intervenant médiatique visiblement fort occupé : radio, télévision, presse écrite. Ça fait pas mal de logiciels à gérer simultanément. Or il y a un monde entre une chronique comme celle de RTL et la polémique qu'on attend d'un programme comme Ça se dispute, sur ITélé. Et j'ai comme l'impression qu'il s'est quelque peu emmêlé les pinceaux. Là, ce qui m'a manqué, c'est de la contestation, en direct, des propos du chroniqueur. Difficile à concevoir dans un créneau de trois minutes.

Le fait est que Vincent Parizot n'est pas là pour contredire les déclarations du chroniqueur, tout au plus pour le relancer dans ses propos. Mais c'est une chronique et l'auteur en a la pleine responsabilité. Or tout ce que dit Zemmour dans cette chronique est contestable, c'est-à-dire sujet à contestation [n.b.: contestar = répondre en espagnol]. Par exemple, il y a cet élément factuel, à savoir quen Vème République, tout ce que font les ministres après la formation d'un nouveau gouvernement, suite à une présidentielle, et même longtemps après, consiste à se réclamer du PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. Je n'ai pas l'impression que Christiane Taubira ait inventé quoi que ce soit en la matière. Et pour s'en convaincre, il suffit de jeter un oeil sur les programmes tant de Hollande que du parti socialiste. Par exemple, il a été bel et bien question de la suppression des peines planchers et des tribunaux spéciaux pour les jeunes, mis en place par Sarkozy et Dati. Et dans le cadre d'une polémique, avec un contradicteur en face de lui, l'interlocuteur l'aurait fait ressortir, de même que l'affirmation, contestable, selon laquelle Pierre Joxe aurait été le mentor de Taubira.

J'observe, par ailleurs, que ladite Taubira est, de tous les ministres dits régaliens, celui/celle qui s'est exprimé(e) le moins dans les médias. Du coup, la litanie d'affirmations assénées par Zemmour à propos de la volonté de Taubira n'en paraît que plus discutable. Et dire qu'il aurait suffi d'un contradicteur en face de lui, ce qui était envisageable dans le cadre d'une émission comme le face-à-face Duhamel-Aphatie du jeudi matin, mais beaucoup moins dans une tranche de trois minutes et des poussières.

Il me semble, donc, que cette chronique de Zemmour n'était pas logée dans la bonne case, mais ça, c'est le problème du chroniqueur ; après tout, c'est sa faute de se disperser autant, et de ne plus savoir forcément s'il intervient dans le cadre d'une tranche d'information ou d'une tranche de constestation-joute oratoire (ex. On refait le monde sur RTL ou Les Grandes gueules ou Eric Brunet sur RMC).

Les mêmes déclarations, intervenant dans un cadre de joute ou de polémique, dans On refait le monde, par exemple, passaient très bien, parce qu'il y aurait eu, en face, quelqu'un pour les approuver, les rectifier ou les invalider.


C. Le fond du problème : comme un air d'amalgame

Le plus que j'aurais à reprocher à Zemmour ici serait une propension à pratiquer l'amalgame, voire une mauvaise foi parfaitement assumée. C'est tout à fait flagrant avec cette histoire de visite de Taubira chez des prisonniers. Entre nous, en quoi la ministre est-elle responsable de l'évasion de ce prisonnier ? Et comment peut-on, de bonne foi, rapprocher ce fait tout à fait impromptu, avec quelque laxisme de la part de la ministre ? On rigole en écoutant la chronique ; du reste, les humoristes ne se sont pas privés de railler la malchance de Taubira. Ça devrait s'arrêter là. 

Et c'est là que Zemmour en rajoute, et qu'il se trompe, dangereusement, via des insinuations plus ou moins implicites-explicites.  J'ai mis en exergue quelques mots-clés ; dans l'ordre : manichéisme, vide juridique, compassion, harcèlement sexuel, victimes, bourreaux, Conseil Constitutionnel,  enfants, adolescents, chefs de gangs... Fallait-il absolument tout mélanger ?

1. Prenons le vide juridique : là, nous avons une décision du Conseil Constitutionnel contestée avec véhémence par tous les milieux concernés, avec l'anéantissement de toutes les procédures en cours. Et quoi de plus normal, pour un gouvernement responsable, mais pris de court, que d'annoncer la remise à niveau de la législation ? Et comment le ministre de la Justice en exercice pourrait-il dire autre chose que ce que Taubira a dit ? Quant au caractère impitoyable et aux accents quasiment sarkozystes de la ministre, j'avoue n'avoir pas entendu les mêmes choses que Zemmour, étant donné le relatif silence médiatique de Mme Taubira. Eric Zemmour entendrait-il des voix ? 

2. Les chefs de gangs faisant la loi dans les cités HLM. Il y a là une phrase qui, selon Zemmour, résume parfaitement le manichéisme de Christiane Taubira à l'égard de ces jeunes chefs de gangs, et le propos est on ne peut plus tendancieux : c’est peut-être en raison de ce rôle social que notre ministre de la justice de gauche est pleine de sollicitude pour eux.

Et là, on se dit : "mais comment peut-il affirmer des choses pareilles ?". Le fait est que le propos relèverait quasiment de la diffamation, en insinuant qu'on aurait là une ministre, même pas installée dans ses nouveaux bureaux, et qui serait déjà préoccupée de fermer les yeux sur les exactions - entre nous, les actes d'incivilité des jeunes de banlieue relèvent, dans 98 % des cas, bien plus souvent des petits larcins que de la grande criminalité ; dans le cas contraire, ça se saurait ! - des petites frappes hantant les quartiers sensibles. Affirmation d'autant plus étonnante que, je le répète, Christiane Taubira n'a encore livré aucune interview, n'est passée dans aucune émission de radio ou de télévision, et encore moins livré la moindre circulaire à destination des tribunaux qui tendrait à un relâchement de la vigilance et de la répression. On se demande, donc, d'où Eric Zemmour tient ses informations sur un supposé manichéisme de la ministre (cf. Mais la réalité, Christiane Taubira n'en a cure ; elle applique un dogme...).

Ce qui est aussi gênant est que les 60 propositions de François Hollande ainsi que les projets socialistes en matière de justice ne soient évoqués nulle part. La radicale de gauche Christiane Taubira aurait donc tout concocté dans son coin. Et là, il faut bien parler de mauvaise foi de la part de Zemmour, voire de désinformation. Voilà ce qu'aurait pu lui rétorquer un Nicolas Domenach ou un Christophe Barbier sur ITélé, voire un auditeur sur RTL, dans le cadre d'une émission comme "Les auditeurs ont la parole" ! C'est tout le problème : ces propos n'étaient pas faits pour un programme microscopique de trois minutes. C'est tout. 

Là où Zemmour aggrave son cas, c'est quand il affirme ceci : ces pauvres enfants sont victimes d’une société qui les rejette par xénophobie et racisme. En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes et les jeunes de banlieue sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais.

Et là, je saute au plafond, devant de telles insinuations, plus que tendancieuses. Où il nous est affirmé que les petites frappes de banlieue, qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois..., sont d'origine étrangère, voire d'une autre race que la race  blanche, sinon, pourquoi parler de racisme ? Et pour couronner le tout, les bourreaux, selon la conception - forcément manichéenne - de Christiane Taubira, et contre lesquels elle aimerait agir avec un maximum de fermeté sont forcément des hommes blancs...

Pour résumer la pensée zemmourienne, Christiane Taubira serait comme une maman compatissante pour les petits criminels - forcément non blancs - de la banlieue, tout en manifestant la plus grande fermeté pour les harceleurs - forcément blancs - promis à la prison. Autant dire que l'on accuse Taubira de racisme.

Mais ce n'est pas tout : Taubira agit surtout par calcul électoraliste bien plus que par conviction - d'où la contradiction avec le thème de la compassion ! -, dès lors que ceux qu'elle entend protéger votent massivement à gauche, là où François Hollande a réalisé des scores de dictateur africain...

La chute du papier entend opposer une Christiane Taubira dans le rôle de la franc-tireuse isolée par rapport à un gouvernement qui se serait assagi : la ministre de la Justice a pris de vitesse son collègue de l’Intérieur, le premier ministre et le président de la République lui-même ; elle a donné une couleur angélique aux débuts de la gauche, qui la ramène là où elle ne voulait pas forcément revenir.

Rappelons, en passant, que le ministre de l'Intérieur n'a rien à voir avec l'élaboration des lois ! Quant à l'angélisme supposé de Taubira et au cavalier seul qu'elle aurait été tentée de jouer par rapport à Hollande et à Ayrault, l'argument laisse quelque peu pantois et dubitatif, surtout lorsqu'il nous est suggéré que les orientations de la ministre de la Justice renoueraient avec un passé vers lequel la gauche ne voulait pas forcément revenir. Et là on s'interroge : "Ah bon ?".

Question : Zemmour en a-t-il trop fait ou trop dit, histoire de sauver ses amis de l'UMP d'un naufrage annoncé aux législatives ? 

Comme je le laissais entendre plus haut, il se trouve que l'émission On refait le monde débouche chaque soir sur le choix par les auditeurs d'une langue de vipère, domaine où les débatteurs de droite (Lévy et la bande du Figaro : Rioufol, Tréard, Buisson, Slama) se taillent la part du lion. On peut raisonnablement en déduire que l'auditoire de cette radio - et/ou, en tout cas, de cette tranche horaire - est massivement marqué à droite. Le sachant, Zemmour est dans son rôle en donnant du grain à moudre à une clientèle qu'il sait majoritairement acquise à sa cause. C'est de bonne guerre, non ? Dans ces conditions, je ne vois pas très bien de quoi se plaindrait la direction de la "première radio de France" ? 

On va probablement me parler de déontologie et d'équilibre dans les propos tenus par les chroniqueurs et éditorialistes. Et c'est là que moi, patron de RTL, je ne manque pas d'idées !


D. Et si j'étais le patron de RTL ?


Ben, je me féliciterais d'abord d'avoir un chroniqueur matinal capable de séduire l'auditoire. Entre nous, il est où le problème ? Première radio de France ? Ça veut dire que l'auditoire approuve massivement votre grille de programmes, non ?

Dans ces conditions, ça servirait à quoi de chercher des poux sur la tête d'Eric Zemmour, sinon à prendre le risque d'avoir une contre-réaction du public comme celle qui s'est produite il y a quelques années, avec l'éviction de Philippe Bouvard des Grosses Têtes, histoire de rajeunir l'émission. L'infortuné Christophe Dechavanne en a fait les frais.

Et c'est là que je m'interroge : on entend tous les jours des sollicitations du type "Envoyez un SMS", "appelez le 39 10", etc. Bref, le public est ultra-sollicité ; on lui demande de prendre position, de voter pour un tel ou contre une telle, etc. Mais pourquoi diable n'interroge-t-on jamais les chers z'auditeurs et z'auditrices sur la grille des programmes ? Ils font bien "Stop ou encore" le samedi matin avec Vincent Perrot, non ?

Monsieur le Grand Patron de RTL, pourquoi n'interrogez-vous donc pas votre cher public, celui qui fait de vous la première radio de France, histoire de lui montrer que ses desiderata sont des ordres pour vous, en lui demandant de voter : "Stop ou encore pour ou contre Eric Zemmour ?". Vous allez me dire que le public n'a pas voix au chapitre ? Qu'il compte pour du beurre ? Que son opinion vous indiffère, sauf lorsqu'il s'agit de calculer l'audimat de Médiamétrie, grâce auquel vous allez pouvoir bâtir vos campagnes de pub et vos opérations d'autopromotion ?

Si j'étais vous, j'interrogerais le public en lui demandant de décider du sort d'Eric Zemmour ou de tout autre présentateur, chroniqueur... Parce que nous vivons au temps de la communication, n'est-ce pas ? Ou alors, toute cette technologie n'est qu'un leurre !

Et si le public de RTL lit mon blog, il votera massivement en faveur de la liberté d'opinion exprimée par Eric Zemmour, quitte à démolir tel ou tel de ses propos, comme je viens de le faire.

Parce qu'il y a à boire et à manger dans ce papier du 25 mai 2012. Et j'ai pris un certain plaisir à me coltiner avec les arguments et sous-entendus plus ou moins fallacieux, tendancieux voire malveillants de Zemmour à l'égard de Christiane Taubira. Soit dit en passant, la proposition de délivrer des récépissés lors des contrôles de police, c'est aussi Taubira ?

Voilà qui me fait penser que Zemmour et les autres chroniqueurs devraient pouvoir développer leurs pensées sur un format plus long. Duhamel et Aphatie le font déjà le jeudi matin. D'autres disposent d'On refait le monde. Zemmour n'a que ces trois minutes et des poussières quotidiennes. Pourquoi ne pas l'inviter à venir, une fois par semaine ou tous les quinze jours, défendre ses positions devant un public de contradicteurs, dans le cadre des Auditeurs ont la parole, par exemple ? Sur France Inter, ils l'ont fait à une certaine époque, dans le cadre de l'Hebdo du médiateur, où une fois par mois (trop rare !), le médiateur et un(e) journaliste ou animateur venaient répondre à quelques points de contestation soulevés par les auditeurs.

Le fait est que le format de la chronique de trois minutes est dangereux, dans la mesure où une certaine routine s'installe, le chroniqueur prenant trop l'habitude de caser des affirmations jamais contredites sur le moment. Par ailleurs, rien n'interdit à la première radio de France d'engager un avocat chargé de "briefer" les journalistes et chroniqueurs, tant il est vrai que lorsqu'il y a procès pour diffamation, par exemple, les plaignants attaquent aussi bien le/la journaliste auteur de l'article que le directeur de la publication.  

En guise de conclusion, j'adresserai mes plus vives félicitations à Christiane Taubira pour la pause médiatique et la discrétion qu'elle s'est imposées, malgré le Taubirabashing, clouant ainsi le bec à tous ses détracteurs, à commencer par Jean-François Copé. Et pour rappeler une anecdote, je revois encore une séquence où Bernard Tapie, alors frétillant ministre de la ville bien en cour auprès de François Mitterrand est en meeting électoral ou quelque chose comme ça, et fait monter sur l'estrade une femme que je ne connais pas du tout. Et là, Christiane Taubira (Delanon) va occuper l'estrade pendant pas loin de deux heures, tenant l'auditoire en haleine avec un discours entièrement improvisé, car elle n'avait pas la moindre note sous les yeux. Tout le monde en était resté baba. Entre nous, côté Q.I., cette femme en a au moins autant que Copé et bien de ses acolytes de l'UMP réunis !



Pour mémoire :


François Hollande : programme présidentiel, 60 propositions


52. Je mettrai en œuvre une nouvelle sécurité de proximité assurée par la police dans nos quartiers et la gendarmerie dans les territoires ruraux.

Je créerai des zones de sécurité prioritaires où seront concentrés davantage de moyens.

Je doublerai le nombre de centres éducatifs fermés pour les mineurs condamnés par la justice en les portant à 80 durant le quinquennat.

53. Les peines prononcées seront toutes effectivement exécutées et les prisons seront conformes à nos principes de dignité. [n.d.l.r.: ce passage controversé a été abondamment discuté voire amendé durant les campagnes électorales ; voyez la position de la Droite populaire, ci-dessous.]


Parti socialiste, programme électoral 
Modification des règles de nomination des magistrats pour garantir l'indépendance de la justice.
Suppression des peines "plancher" par respect pour le principe d'individualisation des peines.
Exécution effective de toutes les peines prononcées.
Revalorisation des moyens de la Justice pour plus d'efficacité. (Une partie des 1000 postes créés par an dans les secteurs intervenant dans la sécurité sera attribuée à la justice).

Lu sur le site de la Droite Populaire

Quelle incohérence et quelle hypocrisie de formuler de telles propositions alors que le député François Hollande a voté :

Contre les peines planchers pour les récidivistes qui constituent une arme efficace contre les délinquants sans pour autant être des peines automatiques, le juge conservant son pouvoir souverain d’appréciation au cas par cas.

P.S.

J'ai découvert l'information de manière tout à fait fortuite : Eric Zemmour aurait été débouté en appel d'une plainte au pénal contre un rappeur nommé Youssoupha.

Source
 
Les rappeurs, c'est comme les chauffeurs de taxi ou les profs de maths : il y en a des bons et des mauvais. J'avoue que je ne connaissais pas ce Youssoupha, lequel doit avoir quelques amis sur le net, à en juger par certains communiqués de victoire... 

Pour ma part, je me suis surtout intéressé à la motivation de la décision par les juges d'appel. Si j'en crois lepoint.fr, citant l'AFP :
La cour d'appel de Paris a jugé "non coupable" jeudi le rappeur Youssoupha qui avait traité de "con" le chroniqueur Éric Zemmour dans une chanson, en concluant que les propos poursuivis "n'excédaient pas les limites admissibles en matière de liberté d'expression artistique". Éric Zemmour avait porté plainte pour injure et diffamation après la diffusion sur Internet, en mars 2009, d'une chanson du deuxième album du rappeur intitulé Sur les chemins du retour. Les paroles incriminées étaient : "À force de juger nos gueules, les gens le savent qu'à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards, chaque fois que ça pète on dit que c'est nous, je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Éric Zemmour."La chambre de la cour d'appel spécialisée dans les affaires de presse a estimé qu'il n'y avait ni diffamation ni injure publique et débouté Éric Zemmour. Les magistrats considèrent que Éric Zemmour, "journaliste, chroniqueur et polémiste connu pour son sens pas toujours bienveillant de l'humour et de la formule", est "un personnage public" vis-à-vis duquel "une plus grande tolérance s'impose". La cour relève, par ailleurs, que le rap est "un style artistique permettant un recours possible à une certaine dose d'exagération".

Ben dites donc ! Le rap serait, donc, un style artistique, gna-gna-gni, permettant un recours possible à une certaine exagération, gna-gna-gna.

Et ce serait quoi, l'exagération admissible ? "Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour". Rien que ça ! 

Il se trouve que, ces jours-ci, un quidam refoulé par le physionomiste d'une boîte de nuit lilloise est revenu avec une Kalachnikov dont il a vidé le chargeur sur la façade de l'établissement, tuant deux personnes et en blessant quelques autres. Comme ça, pour se défouler sans doute. 

Vous avez compris qu'il y a des gens qui évacuent une contrariété bien subalterne - les boîtes de nuit à Lille, ce n'est pas ce qui doit manquer - en tuant des gens. Alors imaginez certains quidams, comme le tueur de Lille, prenant au mot ce rappeur disposé à mettre un billet... pour que quelqu'un fasse taire Eric Zemmour.

Non, je reprends tout, parce que là, je m'y prends mal ! Voyons les choses autrement : imaginez que ce rappeur ait déclaré mettre un billet sur la tête de celui qui ferait taire tel ou tel juge... Il y a des milieux où cela s'appelle un "contrat". Et des juges assassinés, sur contrat, on en a vus en Italie et ailleurs, mais aussi en France !

Désormais, les mauvais rappeurs de France et de Navarre savent qu'ils pourront mettre "un billet"... pour faire taire quelqu'un, n'importe qui, forcément, un juge par exemple. Il n'y aurait pas là de quoi fouetter un chat, n'est-ce pas ? Rappelons encore que dans moult cités marseillaises, ces derniers mois, des contrats ont été exécutés, conduisant à la mort prématurée de plus d'un quidam dont le plus jeune (apparemment chargé de faire le guet pour couvrir des dealers) devait avoir autour de douze ans, le tout à coups de Kalachnikov. Ne parlons même pas de la Corse !

Vous voulez que je vous dise ? Les juges français sont censés jouir d'une faculté proche de l'infaillibilité papale, puisque leurs décisions sont réputées inattaquables, en tout cas, in-critiquables. Voilà qui me met parfaitement à l'aise pour affirmer que cet arrêt d'appel est une des décisions les plus stupides rendues par des magistrats visiblement distraits, car ayant oublié qu'ils agissaient AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, et que, par ailleurs, rien ne les autorise à se livrer à des interprétations hasardeuses des lois en vigueur.

Moi, j'ai pris ce "billet sur la tête..." pour un appel, sinon au meurtre, mais à tout le moins à la violence physique contre quelqu'un qui se contente de faire de la rhétorique. C'est le linguiste Alain Bentolila qui racontait cette anecdote concernant un "pétage de plombs" de prévenus comparaissant dans un tribunal, tout simplement parce que la subtilité de certains propos leur échappant, ils n'ont rien trouvé de mieux à faire que de répondre par la violence physique, dernier refuge de ceux qui ne savent pas débattre faute d'une instruction suffisante. Quand on ne sait plus contrer son adversaire avec des mots, disait Bentolila, on en est réduit à faire le coup de poing.

Il y a visiblement au sein de la magistrature des gens appartenant aux milieux sociaux les plus raffinés, titulaires de diplômes de hautes études universitaires et ayant une maîtrise particulièrement fine de la sémantique et de la polysémie - la capacité pour un même mot d'être investi de sens différents, ce qui permet d'introduire de la nuance dans son propos. Ce que je sais aussi, c'est qu'il y a pas mal de ces magistrats,  pour ne pas dire l'écrasante majorité d'entre eux, qui voient défiler dans les prétoires des quidams sachant à peine lire et écrire - les prisons étant pleines de toutes sortes de débiles et de cas sociaux -, et dont la maîtrise de la subtilité des nuances d'un propos, selon qu'on le prend au premier, au deuxième, au troisième... degré, est loin d'être évidente.

Je trouve, donc, particulièrement navrant de voir des juges jouer à ce point aux apprentis-sorciers. 

Cela dit, je rassure ce rappeur : ce n'est pas demain la veille qu'il me comptera parmi ses fans. 


Le vrai rap est surtout américain, avec des manieurs de rimes exceptionnels, dont le "petit Blanc" Eminem n'est pas le plus mauvais. En France, j'ai bien aimé ces grands "rimailleurs" que sont (étaient ?) les Fabulous Trobadors, qu'on n'entend plus beaucoup, et la galaxie autour d'IAM. Pour le reste, il y a à boire et à manger.