Ce qui suit est ma traduction en français d'un papier paru dans l'excellent site Mintpress, du 8 janvier 2025, soit quelques jours avant l'intronisation de Donald Trump comme successeur de Genocide Joe à la Maison Blanche. Avec quelques semaines de recul, je connais quelques admirateurs béats de Trump qui commencent déjà à déchanter, au vu des digressions verbales du susnommé, que l'on a entendu tantôt traiter Zelensky de dictateur, pour faire mine de ne plus se souvenir de son propos quelques jours plus tard.
Relcture en cours
De Genocide Joe à Israel First de
Trump : Quelle est la prochaine étape pour la Palestine ?"
Alors que le président Biden
donne son feu vert à l'envoi de 8 milliards de dollars d'armes supplémentaires
à Israël dans les derniers jours de son mandat et que le secrétaire d'État
Blinken donne une interview au New York Times dans laquelle il nie qu'un
génocide soit en cours à Gaza, de nombreux militants pro-palestiniens comptent
anxieusement les jours jusqu'à ce que "Joe le génocidaire" et son
équipe quittent la Maison-Blanche. Mais à quoi les militants devront-ils faire
face sous la présidence Trump ?
Donald Trump a affiché son
programme pro-israélien au cours de son premier mandat en déplaçant l'ambassade
des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies de Cisjordanie, en
reconnaissant le plateau du Golan comme faisant partie d'Israël, en se retirant
de l'accord sur le nucléaire iranien et en promulguant les accords d'Abraham
pour normaliser les relations entre Israël et les États arabes, tout en ne
tenant pas compte du sort des Palestiniens. Récemment, M. Trump a déclaré que
les États-Unis devraient laisser Israël "finir le travail", averti
qu'il y aurait "un enfer à payer" si les otages n'étaient pas libérés
avant son entrée en fonction et a menacé de réduire l'Iran en miettes.
Cette fois-ci, M. Trump a signalé
ses intentions par les personnes qu'il a choisies pour occuper des postes clés.
Mike Huckabee, son choix pour le poste d'ambassadeur des États-Unis en Israël,
est un fanatique religieux qui ne pense pas que les colonies israéliennes
soient illégales et qui déclare : "La Cisjordanie n'existe pas. Il s'agit
de la Judée et de la Samarie [le nom biblique du territoire, remis au goût du
jour par la propagande israélienne]". Il insiste même sur le fait qu'il
n'existe pas de Palestinien. Elise Stefanik, choisie par Trump pour devenir
ambassadrice des États-Unis à l'ONU, a utilisé sa position au Congrès pour
étouffer la liberté d'expression sur les campus universitaires et préconise
d'expulser les manifestants pro-palestiniens qui ont des visas d'étudiants.
Qu'en est-il du Congrès ? Alors
que le 118ème Congrès était majoritairement pro-israélien, le nouveau Congrès,
dont le Sénat et la Chambre des représentants sont contrôlés par les
républicains, sera encore plus agressivement partial. Ses membres veulent adopter
une série de projets de loi horribles qui renforceront les liens entre les
États-Unis et le gouvernement israélien, puniront les acteurs internationaux
qui osent demander des comptes à Israël et réprimeront le mouvement national en
faveur des droits des Palestiniens. Cette législation comprend un projet de loi
qui assimile la critique d'Israël à de l'antisémitisme, un projet de loi qui
donne au département du Trésor le pouvoir d'enquêter sur des groupes à but non
lucratif pour des liens avec le "terrorisme" et de les fermer, un
projet de loi qui sanctionne la Cour pénale internationale pour avoir émis un
mandat d'arrêt contre Benjamin Netanyahu, un projet de loi qui rend permanente
l'interdiction américaine de financer l'agence humanitaire UNRWA, et un projet
de loi qui annule les accords commerciaux avec l'Union européenne.
Et, bien entendu, nous ne pouvons pas
ignorer les défis posés par trois forces puissantes : l'AIPAC, les sionistes
chrétiens et les entreprises militaires. Le plus connu des trois est le groupe de
pression AIPAC, qui a utilisé sa puissance financière lors des dernières
élections pour éliminer deux des membres du Congrès les plus favorables aux
Palestiniens, Cori Bush et Jamaal Bowman, laissant d'autres membres terrifiés à
l'idée de devenir des cibles de l'AIPAC. Moins connus mais extrêmement
influents, les dizaines de millions de sionistes chrétiens sont animés par la
croyance radicale qu'Israël est la clé du retour de Jésus sur Terre après une
bataille finale sanglante d'Armageddon, au cours de laquelle seuls ceux qui
acceptent Jésus comme leur sauveur survivront. Les sionistes chrétiens, déjà
nombreux au Congrès, à la Maison Blanche et même dans l'armée, seront enhardis
par Trump.
Le troisième groupe de pression
puissant est celui des entrepreneurs militaires, qui compte plus de lobbyistes
que de membres du Congrès. Grâce aux 18 milliards de dollars alloués par le
Congrès à Israël en 2024, les actions du secteur de l'armement ont grimpé en
flèche au cours de l'année écoulée, surpassant de manière spectaculaire les
principaux indices boursiers.
Mais il existe aussi des forces
contraires. Le public américain est de plus en plus favorable aux Palestiniens.
Un sondage d'opinion réalisé en novembre a montré que, malgré le parti pris
pro-israélien de notre gouvernement et des médias, la plupart des Américains
(63 %) souhaitent un cessez-le-feu et 55 % pensent que les États-Unis ne
devraient pas fournir une aide financière et militaire illimitée au
gouvernement israélien.
C'est particulièrement vrai chez
les jeunes et les démocrates. Avec l'arrivée d'un républicain à la Maison
Blanche, davantage de démocrates en position de pouvoir devraient être prêts à
s'opposer aux actions d'Israël dès lors que celui dont ils auront à contester les positions ne sera pas le président de
leur propre parti. Et il n'y a pas que les démocrates. De nombreux partisans de
Trump s'opposent à l'implication des États-Unis dans des guerres à l'étranger,
et Trump lui-même, lors de sa campagne, a affirmé à plusieurs reprises qu'il
voulait apporter la paix au Moyen-Orient.
Dans le monde entier, de plus en
plus de pays ne se contentent pas de voter en faveur d'un cessez-le-feu à
l'ONU, mais prennent des mesures concrètes pour demander des comptes à Israël.
La longue liste des pays et des parties qui ont soumis ou annoncé leur
intention de se joindre à la procédure sud-africaine devant la Cour
Internationale de Justice comprend la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le
Chili, la Colombie, l'Irlande, la Jordanie, la Libye, les Maldives, le Mexique,
la Namibie, le Nicaragua, la Palestine, l'Espagne, la Turquie et la Ligue des
États arabes. Les pays qui ont interdit, limité ou annoncé leur intention
d'imposer un embargo sur les armes à Israël sont l'Italie, l'Espagne, le
Royaume-Uni, le Canada, la Belgique, les Pays-Bas, la Turquie, la Russie et la
Chine.
Au cours de l'année à venir, le
mouvement de solidarité avec la Palestine doit trouver et élargir les fissures
dans la machine de guerre pro-israélienne. Il doit renforcer la colonne
vertébrale des démocrates qui vivent dans la crainte de l'AIPAC et tendre la
main aux républicains qui s'opposent au financement des conflits étrangers. Les
mêmes arguments que ceux avancés par de nombreux républicains pour défrayer
l'Ukraine doivent être appliqués à Israël. Les militants doivent étendre les
campagnes contre les entreprises qui soutiennent le génocide israélien, ainsi
que les efforts déployés au niveau des États, des villes, des syndicats, des
universités, des organisations confessionnelles et des secteurs pour condamner
les actions d'Israël et promouvoir le désinvestissement. La récente résolution
de l'American Historical Association condamnant le "scholasticide" en
est un bon exemple.
Alors que les militants se
préparent à un torrent de politiques de Trump qui créeront encore plus de chaos
mondial et national, y compris des attaques accrues contre les organisations et
les individus pro-Palestine, le mouvement américain doit être aussi résolu que
les Palestiniens eux-mêmes, qui ont démontré que peu importe ce qu'Israël fait
pour les détruire ; ils restent déterminés à résister. L'année 2025, avec Donald
Trump à la Maison Blanche, ne sera pas une période de désespoir ou de repli
dans la peur, mais une période d'action.
Medea Benjamin, 8 janvier 2025
Source : Mintpress